Libskind

Nous ne devons jamais oublier l’émotion profonde de l’architecture

Daniel Libeskind
Source: Urbanews.fr

Beaucoup de gens ne considèrent pas l’architecture comme particulièrement importante, même des gens très intelligents. Ils laissent cela à d’autres.

Mais pour moi, rien n’est plus important que l’architecture. L’architecture façonne notre monde et influence notre ressenti à la fois mentalement et spirituellement.

Ainsi, si vous vivez dans un endroit affreux, vous serez mentalement diminué. Imaginez-vous vivre dans un environnement sombre, sans fenêtre, avec rien d’autre qu’un mur blanc derrière vous. Vous vous sentiriez emprisonné, et cela aurait un impact préjudiciable sur votre santé mentale.

L’architecture la plus neutre est souvent la plus agressive. Mais dans les bâtiments qui nous émeuvent, il y a toujours une notion de soin. La question n’est pas de savoir si un bâtiment nous fait nous sentir bien ou mal. Il s’agit de se sentir ému. C’est ce que signifie le terme “émotions”. Ce que nous ressentons, c’est un sentiment d’intensité, de passion et d’implication. C’est quelque chose qui est enraciné profondément en nous.

Regardez une construction de Frank Gehry, par exemple, et vous verrez l’amour, le soin et le travail infini que le pliage de cette pièce de métal ont nécessité. Vous pouvez remarquer dans les œuvres architecturales high-tech comme celles de Norman Foster, l’amour contenu dans un morceau de verre suspendu de manière incroyable, et à quel point il est difficile de faire en sorte qu’un morceau de verre ait l’air de flotter. C’est aussi la raison pour laquelle les gens adorent visiter de vieilles villes médiévales ou de jolis villages ; parce qu’ils nous inspirent des émotions.

L’architecture est le plus gros document non écrit de l’Histoire.

Dans les grandes villes, les grands bâtiments vous disent des choses que vous ignoriez et vous rappellent des choses que vous aviez oubliées. Ils sont une sagesse collective, un moteur supérieur à votre propre intelligence. L’architecture est le plus gros document non écrit de l’Histoire.

Nous sommes probablement en train d’en écrire un nouveau chapitre aujourd’hui. Des endroits qui étaient jusqu’à maintenant constitués uniquement de caravanes dans le désert se sont soudain mués en villes très denses, composées de bâtiments incroyables. Des villes qui étaient négligées rivalisent désormais avec d’autres villes majeures : Shanghai avec Pékin, Pékin avec Francfort, Francfort avec New York. Il y a 50 ans, personne n’aurait pu prévoir que ce seraient des villes qui entreraient en concurrence les unes avec les autres, plutôt que des nations.

La variété d’une ville est fondamentale. Je n’aime pas les villes oppressantes qui n’offrent aucun relief. C’est ce que l’on voit dans les tentatives autoritaires de contrôler l’architecture, qu’il s’agisse des penseurs des Lumières, de Staline, d’Hitler ou de Mussolini. Ils ont essayé de rebâtir le monde à leur image, et ils ont échoué dans leur tentative de jouer à Dieu à cause de notre irrépressible individualité.

J’aimerais souvent que la ville soit plus créative, que ses trottoirs constituent une expérience plus fantastique, parce que la vie est courte et qu’on n’a pas envie de se promener dans des endroits qui manquent d’ouverture d’esprit. Les grandes villes, celles que nous admirons vraiment, possèdent cette mystérieuse variété de pensées, de formes, de couleurs, de dialectes et d’idées spirituelles.

En tant qu’architecte, il relève de ma responsabilité de créer une connexion personnelle – non seulement avec l’environnement physique mais aussi avec la manière dont il déclenche nos mémoires et nos réponses émotionnelles.

Lorsque j’ai exploré le site destiné au Musée Juif de Berlin, je me suis projeté moi-même dans les âmes des absents, dans ce vide que je ressentais. J’ai essayé d’imaginer ce que cela ferait d’être là alors qu’on n’y est pas. Qu’est-ce que cela signifie de créer un lieu pour ceux qui ont été assassinés, aujourd’hui évaporés ?

On pouvait sentir cette émotion ici, à New York, après le 11-septembre ; les âmes de ceux que nous avons perdus à ground zero. Pas la peine d’être mystique ou religieux en aucune manière. Tout le monde le ressentait.

L’architecture est violente. Il faut toujours en creuser les fondations.

Quand on regarde les bases, les parois d’étanchéité, le vide, on est tout à coup enveloppé dans un espace qui ne correspond pas simplement à ce que l’on voit en surface. On est en connexion avec cet endroit et son histoire, et cette connexion nous parle.

Elle nous dit quelles sont les limites, les tabous. On ne peut pas traiter cela comme si on marchait tout simplement sur un autre type de sol. Cet endroit est unique. Il y a là-dedans une délicatesse qu’il faut protéger. C’est tout l’enjeu de l’exploration du site. Pour moi, c’est un voyage spirituel.

Même lorsqu’il s’agit d’un site classique, vous devez vous y intéresser et y être sensible. Sinon, tout est permis. L’architecture est déjà violente – il faut toujours en creuser les fondations – et on voit tout de suite quand quelqu’un fait quelque chose uniquement pour récolter un peu d’argent facile. On ressent le manque de soin et le silence qu’il produit.

Lorsque je suis venu ici pour la première fois en 2001, c’était une ville-fantôme. De temps en temps, il m’arrivait de voir deux ou trois personnes debout sous la pluie, qui observaient le site.

Jour après jour, j’ai vu ce site se transformer, mais se transformer en gardant une mémoire, pas en cachant ce qui s’était passé.

Les discussions autour de ground zero ont également évolué très lentement. C’était comme si quelque chose émergeait d’un abîme, ce qui n’est pas très différent de l’expérience que j’avais vécue à Berlin.

Lorsque j’ai commencé à travailler sur ground zero, les développeurs parlaient de larges plaques de sol, pour faire des salles de marché, mais mon idée était très différente — je ne voulais pas que ça redevienne Wall Street, je voulais que ça devienne un quartier complètement différent. Pour moi, la preuve de son succès, c’est que beaucoup de gens se sont installés dans ce quartier. 100 000 personnes sont venues vivres dans Lower Manhattan depuis que j’ai commencé à y travailler. C’est la renaissance d’une partie d’une ville qui incarnait Wall Street. Désormais, c’est un lieu de créativité.

La métaphore de la vie trouve sa source dans l’architecture. Naître, grandir, être, est une expérience architecturale.

Dans l’architecture, on trouve à la fois du profane et du sacré. Mais le sacré n’exclut pas la célébration. Ainsi, manger une glace ou lancer un frisbee à ground zero n’est pas en contradiction avec l’espace, parce que cet espace vous permet de faire certaines choses.

Cela prend longtemps, pour un espace public, de prendre forme. Pour ground zero, cela a déjà pris plus de 200 ans. Au début, New York n’était constitué que de quelques rues déposées sur une carte. Mais dans ce mouvement initial, on trouve déjà l’esprit de cette île, ce truc si spécial qui a jailli à la face du monde. L’esprit de l’inattendu.

C’est cet optimisme qui se loge dans chaque mouvement de l’architecture. La métaphore de la vie trouve sa source dans l’architecture. Naître, grandir, être, est une expérience architecturale. On démarre avec l’excavation, à partir de rien, avec juste un projet qui portera ses fruits en temps voulu. Peu importe combien un site est triste ou tragique, ou combien il a été maltraité par l’Histoire, l’architecture a une notion d’avenir. Ce sens l’empêche d’être quelque chose de mineur. Même dans le fait d’ériger un monument aux morts, quelle que soit sa forme – écrire un livre, planter une fleur ou un arbre – il y a un sentiment d’espoir et de rédemption. Pour moi, c’est ça, l’émotion de l’architecture.

不要遺忘建築深沉的情感

丹尼爾·裡伯斯金
雅言組  譯

資料來源:CNN Style

有許多的人,包括一些有頭腦的,都覺得建築不是那麼的重要,寧願叫別人去操心。

但對於我而言, 建築的重要性遠超過其他事物。建築塑造了我們的世界,也影響著我們的情感和精神。

那麼,假如你住的地方非常糟糕,先想一下,你在一個陰暗除了空白的牆,空無一物,連窗也沒的空間;如同被監禁一樣,無疑對你的精神是個損害。

往往,最中性的建築也是最具攻擊性的。但是在那些能打動我們的建築裡,我們總能找到關懷的元素。這裡問題不是說建築好或壞,而是是否能被打動。這就是為什麼叫做“感動”。我們所能感受的,就是張力,激情和帶入感等等,這些能深深震撼我們。

比如,弗蘭克·蓋裡的設計,當你能從彎曲的鋼板折射出的流線裡感受到他傾注的愛和認真,以及所付出的不懈努力, 又比如,在諾爾曼·福斯特的高技派作品裡,愛在那些奇特懸掛的玻璃顯露無遺;但要做的這一點,其難度可想而知了。這也是為什麼,中世紀老城,和一些別致村落深具魅力,因為我們同樣能在其間被打動。

建築是最宏大的非文本歷史記錄

在那些偉大的城市裡,建築述說著那些被我們忽視的,喚醒那被遺忘的記憶。那是一種大眾的智慧,一個能激發我們才智的引擎。建築師最紅到的非文本歷史紀錄。

無疑,今天我們正在書寫歷史新的一頁,曾經商旅跋涉的荒漠今天成了建築擁擠的城市。曾經偏遠的小鎮現在也加入大城市的角逐:上海與北京競爭,北京與法蘭克福競爭,法蘭克福紐約與競爭。 沒有人會想到在50年後的今天, 競爭不是在民族間,而是在城市之間。

對於一個城市而言,多樣性是至關重要的。我不喜歡讓人無法放鬆,有壓迫感的城市。無論是啟蒙思想家們,還是史達林、希特勒或墨索里尼,都利用專制制度限制建築的創作。他們企圖扮演上帝,以自己的形象重建世界,他們的失敗源自於人類不服束縛的本性。

我更希望城市更有創意,城市的漫步更像是一種奇妙的探奇,既然我們說人生如此的短暫,自信不會有人願意在一條呆板的路徑上浪費時間。那些讓我們欣賞的偉大城市,往往有著豐富的神秘思想,那些形式、色彩、土語、精神理念。

作為建築師,我的責任是讓建築和人產生的關係,它不僅是和環境的聯繫,還要用能喚起記憶和情緒的手段。

當我那個時候,考察柏林猶太博物館專案的場地時,我努力使自己進入到那些亡靈,在一種空虛裡;盡力想像當我們不在場時的情形。那麼我們會問,為那些誰被謀殺,在煙塵中消失的靈魂創作一個空間意味著什麼?

同樣,我們可以在“911”之後的紐約體會那種情緒;那些離開的靈魂。你不需要任何神秘的儀式或宗教。每個人都會感受到這種情緒。

當你看到空洞、基岩和水泥牆,會突然感到被籠罩在一個空間裡,然而這只是表面。因為還有,這個場地與歷史的關聯,正是這個聯繫會對你說話。

建築是暴力的,總得挖個地基。

它會告訴你什麼是限制在哪兒?也就是禁忌。你不能把它當作只是好像你曾走過的另一個地方。因為這個地方是獨一無二的,有屬於它自己的精緻,我們要小心呵護。這就是考察一個地點的所有意義,我把它叫做心靈之旅。

即使是一個普通的地點,也要對它產生興趣,有情感。不然,你就可能任意亂做。建築已經是夠暴力了 – 你總是要挖一個基礎 – 當有人急功近利做了一些建築,我們是可以看得出,他們沒有用心,粗製濫造,當然也就反響平平。

記得2001年我第一次來考察這塊地,那時還是一個“鬼城”時不時地會看到三倆個人靜靜地站在雨裡,看著這塊地。

我見證這個場地一天天的自我蛻變,沒有遺忘記憶 – 也不隱藏任何過往。

關於“ground zero”的討論也慢慢地改變,反復從深淵漸漸地浮出來。這次也和以前我在柏林的經歷相似。等到我開始“ground zero”這個方案時,開發商希望有一個大塊地板磚來做交易大廳, 而我的想法卻恰恰相反,因為,我並不像再造一個華爾街,而應該是一個完全不同的設計。

對我而言,大批的人都定居在這個區就已經證明了設計的成功:從我開始這個方案已經有10萬人生活在曼哈頓下城。這是在這個城市裡,又一個極具華爾街色彩的部分。是一個有創造力的地方。

WTC-by-day_-c-DBOX_resized-for-web-627x650© Studio Libeskind

在建築中,神聖與世俗相遇。但神聖並不妨礙歡慶活動。在Ground Zero廣場,你可以吃霜淇淋,甚至扔飛盤,這並不顯得唐突不敬,因為它本來就是讓你做某些事情的空間。

生命的隱喻植根於建築。要出生,成長,存在都是建築般的經驗。

一個公共空間的形成需要漫長的時間。Ground Zero本身也經歷了200多年。起初,華爾街不過是地圖上的幾條街,但它們凝聚了曼哈頓島的靈魂。如此特別呈現在世人面前,一種不期而至的精神。

他的樂觀精神在建築的每一個姿態上顯露。生命的隱喻植根於建築。要出生,成長,存在都是建築般的經驗。它從一個設計方案,和挖地基時的空無一物,到果實成熟時設計竣工。無論多麼傷心,多麼悲慘,在一塊被歷史蹂躪的地上,建築也有它的未來。

在這個意義上,要回避做出一些小情調。即使為逝者豎立一塊紀念碑, 以任何的形式- 寫一本書或種一朵花或一棵樹 – 都有希望和救贖的意味。

對我來說,這就是建築的情感。

Nous ne devons jamais oublier l’émotion profonde de l’architecture

Daniel Libeskind
Source: Urbanews.fr

Beaucoup de gens ne considèrent pas l’architecture comme particulièrement importante, même des gens très intelligents. Ils laissent cela à d’autres.

Mais pour moi, rien n’est plus important que l’architecture. L’architecture façonne notre monde et influence notre ressenti à la fois mentalement et spirituellement.

Ainsi, si vous vivez dans un endroit affreux, vous serez mentalement diminué. Imaginez-vous vivre dans un environnement sombre, sans fenêtre, avec rien d’autre qu’un mur blanc derrière vous. Vous vous sentiriez emprisonné, et cela aurait un impact préjudiciable sur votre santé mentale.

L’architecture la plus neutre est souvent la plus agressive. Mais dans les bâtiments qui nous émeuvent, il y a toujours une notion de soin. La question n’est pas de savoir si un bâtiment nous fait nous sentir bien ou mal. Il s’agit de se sentir ému. C’est ce que signifie le terme “émotions”. Ce que nous ressentons, c’est un sentiment d’intensité, de passion et d’implication. C’est quelque chose qui est enraciné profondément en nous.

Regardez une construction de Frank Gehry, par exemple, et vous verrez l’amour, le soin et le travail infini que le pliage de cette pièce de métal ont nécessité. Vous pouvez remarquer dans les œuvres architecturales high-tech comme celles de Norman Foster, l’amour contenu dans un morceau de verre suspendu de manière incroyable, et à quel point il est difficile de faire en sorte qu’un morceau de verre ait l’air de flotter. C’est aussi la raison pour laquelle les gens adorent visiter de vieilles villes médiévales ou de jolis villages ; parce qu’ils nous inspirent des émotions.

L’architecture est le plus gros document non écrit de l’Histoire.

Dans les grandes villes, les grands bâtiments vous disent des choses que vous ignoriez et vous rappellent des choses que vous aviez oubliées. Ils sont une sagesse collective, un moteur supérieur à votre propre intelligence. L’architecture est le plus gros document non écrit de l’Histoire.

Nous sommes probablement en train d’en écrire un nouveau chapitre aujourd’hui. Des endroits qui étaient jusqu’à maintenant constitués uniquement de caravanes dans le désert se sont soudain mués en villes très denses, composées de bâtiments incroyables. Des villes qui étaient négligées rivalisent désormais avec d’autres villes majeures : Shanghai avec Pékin, Pékin avec Francfort, Francfort avec New York. Il y a 50 ans, personne n’aurait pu prévoir que ce seraient des villes qui entreraient en concurrence les unes avec les autres, plutôt que des nations.

La variété d’une ville est fondamentale. Je n’aime pas les villes oppressantes qui n’offrent aucun relief. C’est ce que l’on voit dans les tentatives autoritaires de contrôler l’architecture, qu’il s’agisse des penseurs des Lumières, de Staline, d’Hitler ou de Mussolini. Ils ont essayé de rebâtir le monde à leur image, et ils ont échoué dans leur tentative de jouer à Dieu à cause de notre irrépressible individualité.

J’aimerais souvent que la ville soit plus créative, que ses trottoirs constituent une expérience plus fantastique, parce que la vie est courte et qu’on n’a pas envie de se promener dans des endroits qui manquent d’ouverture d’esprit. Les grandes villes, celles que nous admirons vraiment, possèdent cette mystérieuse variété de pensées, de formes, de couleurs, de dialectes et d’idées spirituelles.

En tant qu’architecte, il relève de ma responsabilité de créer une connexion personnelle – non seulement avec l’environnement physique mais aussi avec la manière dont il déclenche nos mémoires et nos réponses émotionnelles.

Lorsque j’ai exploré le site destiné au Musée Juif de Berlin, je me suis projeté moi-même dans les âmes des absents, dans ce vide que je ressentais. J’ai essayé d’imaginer ce que cela ferait d’être là alors qu’on n’y est pas. Qu’est-ce que cela signifie de créer un lieu pour ceux qui ont été assassinés, aujourd’hui évaporés ?

On pouvait sentir cette émotion ici, à New York, après le 11-septembre ; les âmes de ceux que nous avons perdus à ground zero. Pas la peine d’être mystique ou religieux en aucune manière. Tout le monde le ressentait.

L’architecture est violente. Il faut toujours en creuser les fondations.

Quand on regarde les bases, les parois d’étanchéité, le vide, on est tout à coup enveloppé dans un espace qui ne correspond pas simplement à ce que l’on voit en surface. On est en connexion avec cet endroit et son histoire, et cette connexion nous parle.

Elle nous dit quelles sont les limites, les tabous. On ne peut pas traiter cela comme si on marchait tout simplement sur un autre type de sol. Cet endroit est unique. Il y a là-dedans une délicatesse qu’il faut protéger. C’est tout l’enjeu de l’exploration du site. Pour moi, c’est un voyage spirituel.

Même lorsqu’il s’agit d’un site classique, vous devez vous y intéresser et y être sensible. Sinon, tout est permis. L’architecture est déjà violente – il faut toujours en creuser les fondations – et on voit tout de suite quand quelqu’un fait quelque chose uniquement pour récolter un peu d’argent facile. On ressent le manque de soin et le silence qu’il produit.

Lorsque je suis venu ici pour la première fois en 2001, c’était une ville-fantôme. De temps en temps, il m’arrivait de voir deux ou trois personnes debout sous la pluie, qui observaient le site.

Jour après jour, j’ai vu ce site se transformer, mais se transformer en gardant une mémoire, pas en cachant ce qui s’était passé.

Les discussions autour de ground zero ont également évolué très lentement. C’était comme si quelque chose émergeait d’un abîme, ce qui n’est pas très différent de l’expérience que j’avais vécue à Berlin.

Lorsque j’ai commencé à travailler sur ground zero, les développeurs parlaient de larges plaques de sol, pour faire des salles de marché, mais mon idée était très différente — je ne voulais pas que ça redevienne Wall Street, je voulais que ça devienne un quartier complètement différent.

Pour moi, la preuve de son succès, c’est que beaucoup de gens se sont installés dans ce quartier. 100 000 personnes sont venues vivres dans Lower Manhattan depuis que j’ai commencé à y travailler. C’est la renaissance d’une partie d’une ville qui incarnait Wall Street. Désormais, c’est un lieu de créativité.

La métaphore de la vie trouve sa source dans l’architecture. Naître, grandir, être, est une expérience architecturale.

Dans l’architecture, on trouve à la fois du profane et du sacré. Mais le sacré n’exclut pas la célébration. Ainsi, manger une glace ou lancer un frisbee à ground zero n’est pas en contradiction avec l’espace, parce que cet espace vous permet de faire certaines choses.

Cela prend longtemps, pour un espace public, de prendre forme. Pour ground zero, cela a déjà pris plus de 200 ans. Au début, New York n’était constitué que de quelques rues déposées sur une carte. Mais dans ce mouvement initial, on trouve déjà l’esprit de cette île, ce truc si spécial qui a jailli à la face du monde. L’esprit de l’inattendu.

C’est cet optimisme qui se loge dans chaque mouvement de l’architecture. La métaphore de la vie trouve sa source dans l’architecture. Naître, grandir, être, est une expérience architecturale. On démarre avec l’excavation, à partir de rien, avec juste un projet qui portera ses fruits en temps voulu. Peu importe combien un site est triste ou tragique, ou combien il a été maltraité par l’Histoire, l’architecture a une notion d’avenir.

Ce sens l’empêche d’être quelque chose de mineur. Même dans le fait d’ériger un monument aux morts, quelle que soit sa forme – écrire un livre, planter une fleur ou un arbre – il y a un sentiment d’espoir et de rédemption.

Pour moi, c’est ça, l’émotion de l’architecture.

We mustn’t forget the deep emotional impact of the buildings around us

Daniel Libeskind
Source: CNN Style

New York (CNN) Many people don’t see architecture as important, even very smart people. They leave it to somebody else.

But to me, there’s nothing more important than architecture. It creates your world and influences how you feel both mentally and spiritually.

So, if you live in a horrible place, you’ll be impaired mentally. Let’s say you live in a dark environment with no windows and with nothing but a blank wall behind you. You’d be in a prison, and that would have a detrimental impact on your mental health.

The most neutral architecture is often the most aggressive. But in buildings that move us, there’s an element of care. It’s not a question of whether a building makes us feel good or bad. It’s about being moved. That’s what the word emotion means. What we feel is the sense of intensity, passion and involvement. It’s something that goes very deep.

Look at a Frank Gehry building, for instance, and you can see the love and care and infinite labor it took to bend that piece of steel. You can see it in high-tech architecture like that of Norman Foster, the love for an incredible suspended piece of glass and how difficult it is to make a piece of glass look like it’s floating. It’s also why people love going to old medieval towns or beautiful villages — because they inspire us to feel moved.

Architecture is the biggest unwritten document of history.

In great cities, the great buildings tell you things you don’t know and remember things which you’ve forgotten. It’s a collective wisdom, an engine superior to your own intelligence. Architecture is the biggest unwritten document of history.

We are certainly writing a new chapter today. Places that were just caravans in the desert are suddenly high-density cities with incredible buildings. Cities that were neglected are now competing with other major cities: Shanghai vs. Beijing, Beijing vs Frankfurt, Frankfurt vs. New York. Nobody could have predicted 50 years ago that it would be cities competing with each other rather than nations.

And it’s important for a city to have incredible variety. I don’t like oppressive cities that offer no relief. We see this in authoritarian attempts at controlling architecture, whether it was enlightenment thinkers or Stalin or Hitler or Mussolini. They tried to rebuild the world in their image, and their idea of playing God failed because of our irrepressible individuality.

I often wish the city was more creative, that the sidewalk was a more fantastic experience, because life is short and you don’t want to walk through a dull-witted place. The great cities we really admire have this perplexing variety of thoughts, forms, colors, dialects, spiritual ideas.

As an architect, it’s my responsibility to make a personal connection — not just with the physical environment but how it triggers our memories and emotional responses.

When I explored the site for the Jewish Museum in Berlin, I put myself into the souls of those who are not there, into the emptiness I felt. I tried to see how it would feel to be there when you’re not there. What does it mean to create a space for those who were murdered, who disappeared in the smoke?

You could feel that emotion here in New York after 9/11, the souls of those who are lost at ground zero. You don’t have to be a mystic or religious in any way. Everybody would feel it.

Architecture is violent. You always have to dig a foundation.

You come to the bedrock, the slurry wall, the emptiness, and you are suddenly enveloped in a space that isn’t just what you see on the ground. You’re in connection with this place and its history, and that connection speaks to you.

It tells you what the limits are, the taboos. You cannot treat it as if you were just walking on another kind of ground. This place is unique. There is a delicacy about it that has to be protected. That’s all part of exploring the site. I would call it a spiritual journey.

Even with a regular site, you have to be interested in it and sensitive to it. If not, you can do whatever you want. Architecture is already violent — you always have to dig a foundation — and we can tell when somebody does something just for a quick buck. We can feel that carelessness and the silence it produces.

When I first came here in 2001 it was a ghost town. Once in a while I would see two or three people standing in the rain looking at the site.

Every day I have seen this site transform itself, but transform itself with a memory — not by hiding what happened.

The talk about ground zero also changed very slowly. It was like something coming up out of an abyss, not different from my experience in Berlin.© Studio Libeskind

When I started working on ground zero, the developers were speaking of large floor plates for trading floors, and my idea was very different — that this is not going to be Wall Street again, it’s going to be a new neighborhood.

To me the proof of its success is how many people have moved into that neighborhood. A hundred thousand people have moved to Lower Manhattan since I started working here. It’s a rebirth of a zone of a city that was very functionally Wall Street. Now it’s a place for creativity.

The metaphore of life is rooted in architecture. To be born, to grow, to be, is an architectural experience.

There are both the profane and the sacred in architecture. But sacred does not preclude celebration. So eating an ice cream or even throwing a Frisbee at ground zero is not in contradiction with the space, because it’s the space that allows you to do certain things.

It takes a long time for a public space to shape itself. For ground zero, it’s taking more than two hundred years. At first, New York was just a few streets laid out on a map. But incarnated in that initial gesture was the spirit of this island, this tip, jutting out into the world. A spirit of the unexpected.

That’s the optimism that is lodged in every gesture of architecture. The metaphor of life is rooted in architecture. To be born, to grow, to be, is an architectural experience. It starts from excavation, from nothing, and has only a plan that in time comes to fruition. No matter how sad, how tragic a site might be, how abused by history, architecture has the notion of a future.

That sense prevents it from being something in a minor chord. Even erecting a monument to the dead, in any form — writing a book or planting a flower or a tree — has a sense of hope and redemption.

To me, that is the emotion of architecture.

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